Miel de sarrasin, d’abeilles noires, de Bretagne

Avez-vous déjà senti le parfum des fleurs de châtaigniers en forêt ? Et remarqué à quel point le miel de châtaignier y ressemble ? Cette magie des sens, on la doit aux abeilles et aux apiculteurs. En échangeant avec eux, on comprend que ce n’est pas magie, mais science et expérience, et entraide entre la société des abeilles et les apiculteurs.

Les abeilles, si loin si près

Ces insectes nous fascinent, ils nous font peur autant qu’ils nous attirent. Romeo Palierne, qui s’occupe d’une vingtaine de ruches en complément de son activité de maraîchage, évoque le plaisir qu’il a à regarder le vol des abeilles, et son émotion à chaque récolte. Lui, comme de nombreux autres nouveaux apiculteurs ont suivi une formation courte avant de se lancer, et de se passionner pour les ruches et les abeilles. Un loisir en pleine expansion, qui démarre parfois par le souhait de contribuer à la pollinisation autour de soi, et qui devient ensuite une activité dévorante.

Ruches Trésor du Léguer – Éric Sionneau, apiculteur

Les premières traces de miel, consommé par des humains, remontent à bien avant la haute antiquité. Les hommes cohabitent et collaborent avec les abeilles, mais leur domestication n’est pas complète. Il arrive qu’une ruche se vide en une nuit, l’essaim s’en va et l’apiculteur perd ainsi ses possibilités de production. Et bien sûr l’abeille pique. On en a peur, de la douleur, du venin, mais on le regrette aussi si elle pique, car alors l’abeille meurt.

Pascale Bodin, qui est carnettiste et raconteuse de nature, se souvient de la chaleur ressentie au moment des récoltes de miel, quand les abeilles volètent en tout sens autour de soi. Bien protégé dans la combinaison blanche, on ne risque rien et on sent la vie qui se dégage de l’essaim. Il y aurait presque une religiosité dans l’observation et le contact avec les abeilles. Quelque chose en tout cas qui fait que très souvent les jeunes enfants sont très attirés et intéressés par les abeilles et les ruches.

Au fil de leur vie, les ouvrières vont avoir plusieurs métiers au sein de l’organisation immuable de la ruche. En dernier, elles seront butineuses et auront la mission d’aller chercher le nectar, le propolis et le pollen jusqu’à 3 km autour de la ruche. En période de récolte, elles ne s’arrêtent qu’à la nuit tombée, et font sans arrêt des allers-retours entre la ruche et les fleurs. Ne pouvant prévoir de quoi demain sera fait, elles s’acquittent de leur mission au service de la ruche autant qu’il leur est possible. À la période où nous les regardons s’agiter autour de nous, bien confortablement installés dans un transat au jardin.

La collaboration entre apiculteurs et abeilles

La récolte consiste au prélèvement du surplus de miel accumulé par les abeilles comme provisions pour l’hiver. Ces provisions se trouvent dans les alvéoles des cadres de la ruche, obturés par des opercules de cire. L’apiculteur prélève les cadres de la hausse, la partie supérieure de la ruche, afin qu’il subsiste assez de vivres (au moins 20 kg) pour la colonie, en prévision de l’hiver.

Le rôle de l’apiculteur est de faire en sorte que les abeilles aient tout ce dont elles ont besoin à leur disposition. On peut aller jusqu’à dire que les apiculteurs sont au service des abeilles.

Ils vont ainsi :

  • apporter un petit complément en sirop en début de printemps si celui-ci tarde à arriver et si les abeilles peinent à trouver la force de sortir récolter leurs premiers nectars ;
  • installer les réhausses sur les ruches pour permettre aux abeilles de créer des stockages de miel en fonction de leurs récoltes ;
  • déplacer les ruches dans les lieux où elles auront suffisamment à butiner.

À présent, le travail est beaucoup plus prenant qu’il n’a pu l’être. C’est ce que confirme Jean-Luc Hascoët, apiculteur et éleveur de reines. Quand les essaims étaient très nombreux, l’apiculteur se limitait à récolter le miel. Et tant pis pour la colonie qu’on pouvait asphyxier et tuer pour en récolter la production. Aujourd’hui, il y a davantage de problèmes de fécondation, et l’apiculteur doit beaucoup œuvrer en amont pour obtenir le miel.

Le miel en Bretagne

Jean-Luc Hascoët fait partie de ceux qui œuvrent activement à la préservation et au développement de l’abeille noire. Cette race particulière n’existe plus à l’état pur qu’à Ouessant, mais grâce à des passionnés comme lui, elle fait de plus en plus son retour un peu partout en Bretagne. Une partie de son activité consiste ainsi à multiplier les essaims d’abeille noires, à permettre aux ruches de générer de nouvelles reines, et ainsi de fournir aux autres apiculteurs de nouveaux essaims pour leurs ruches.

Photo : Romeo Palierne, Moulin de Belle Née
Les essaims ont souvent la forme d’un cœur, celui-ci est le premier issu de la première ruche de Romeo Palierne, qu’il a pu implanter dans une deuxième ruche.

En milieu rural, jusqu’aux années 50, chaque ferme avait sa ou ses ruches pour la production de miel. Et de chouchen. Saviez-vous que ce « vin breton » est issu de la fermentation du miel dans du cidre ou du jus de pommes ? Et qu’il a d’abord eu de multiples noms (dourvel, chufere, chupitig…), autant que de lieux de production peut-être ? Et de goûts en fonction de la recette et du miel utilisé.

Le climat breton donne des miels plus typés que dans d’autres régions. Il sera aussi caractéristique de la flore présente : aubépine, fleurs de vergers, puis ronce, châtaignier, sarrasin, bruyère quand on avance dans la saison.

Notre conseil c’est d’aller à la rencontre des apiculteurs et de découvrir leurs miels. Certains associent les nectars car les ruches ont accès à plusieurs sources sur une période donnée, quand d’autres amènent leurs ruches à butiner une flore particulière ; certains proposent aussi des miels caractéristiques de certains lieux où les essences sont mêlées.

Citons par exemple, le miel de printemps, blanc, crémeux, quasi opaque et très doux ; les miels de sarrasin ou de bruyère, ambrés, plus forts, un peu boisés, chacun dans leur typicité ; les miels de bord de mer ; des Monts d’Arrée ; les miels de fin d’été…

Vous l’aurez compris, les miels se caractérisent par leur couleur, leur transparence, leur texture, leur parfum, leur goût. Et si l’on ne parlait que couleurs, disons qu’il y a autant de couleurs de miels qu’il y a de couleurs de bois !

Condiment pour toutes saisons

Pots de miel de la ferme apicole de Bannalec – Johanna Harris, apicultrice

Dans notre imaginaire, le miel est plein de vertus. C’est un aliment, mais aussi un produit cosmétique et quasiment un médicament. Dans les temps anciens, il faisait partie de la pharmacopée, et on l’utilise encore aujourd’hui pour ses propriétés antiseptiques en cas de mal de gorge. On peut aussi l’appliquer sur une plaie.

Ce qui en fait un produit naturel bon pour notre santé qui contient :

  • des enzymes aux propriétés aseptisantes. Si l’on veut en profiter, on ne chauffe pas le miel au-dessus de 40°C.
  • une multitude d’oligo-éléments (davantage dans les miels plus foncés, les plus riches aussi en antioxydants) et de vitamines.

Le miel nous apporte aussi le réconfort de son goût sucré et toutes ses saveurs qui condimenteront vos recettes en toutes saisons.

Les amateurs de miel vous diront que la meilleure façon de déguster le miel, c’est à la cuiller, directement du pot à la bouche. Ou qu’on l’adore sur du pain beurre ou dans un yaourt.

Mais le miel c’est aussi un ingrédient qui va donner un petit goût magique à vos préparations salées.

Jean-Marie Guilbault, producteur de confitures, condiments et vendeur de miel dans son épicerie l’Atelier des Saveurs, à Bénodet, va, par exemple, utiliser un peu de miel de sarrasin pour cuire des navets glacés avec quelques graines de céleri pour la fraîcheur.

On vous suggère aussi :

  • une marinade  miel / sauce soja pour une viande avec une petite touche asiatique. Ajoutez-y les herbes fraîches du moment, un peu de gingembre frais haché, un peu d’ail, mélanger, attendez et cela fera une excellente recette de barbecue ;
       
  • la vinaigrette au miel, avec ou sans moutarde selon votre goût, qui ira très bien sur des courgettes crues, des poireaux, des carottes     râpées… ou un filet de saumon ;
       
  • une cuiller de miel dans une tajine ou une sauce aigre-douce et toutes vos idées !

  • une association miel / citron ou miel / banane, sur une crêpe chaude et bien beurrée.

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